| 11. Jànchi ~ Blancs
Poème: Ibn-Hamdis + Adaptation: Emilio Isgrò
Musique: Etta Scollo
Mes cheveux sont devenus blancs
et je n’ai plus l’âme à rire et à chanter
car quand les cheveux resplendissent de blancheur
ils créent une nuit noire.
Le soleil de mes années les plus vigoureuses
et les plus généreuses était à son zénith
Quand la sphère de ce soleil se coucha.
Ne connaissez-vous pas la recette
qui fait revenir et se renouveler le temps?
Je teins en noir mes cheveux blancs
en y mettant à l’aube
la nuit pour les couvrir
Mais où trouverai-je une teinture éternelle
moi qui ne sait vivre ma vie
ni ne sait la retenir?
Frais et léger était le vent
et il murmurait, odorant et doux.
Et celle-ci bougea dans la nuit
réveillée par les éclairs qui,
fulminants et noyés de larmes,
pleurent les morts ensevelis dans la terre.
Et tu entendais les coups du tonnerre
contre les nuages
et il te semblait entendre l’étalon
qui séduit la chamelle,
et le ciel se zébrait d’éclairs, haut et bas,
tels des épées étincelant au milieu des airs.
Ce fut une nuit de combat.
Une nuit de désespoir.
Ah jour, jour, apporte-moi la lumière!
Ah, vent, vent quand pleuvra-t-il
sur cette campagne aride?
Apporte-moi les nuages les plus secs
que j’abreuverai de mes larmes
comme j’arrose de pleurs la petite maison où je naquis et grandis,
qu’elle soit à jamais bénie de mes larmes amères.
Et toi, vent secourable qui sonde les nuages,
ne laisse pas mourir de soif
ces murs en ruines et ce silence.
Tu ne sais rien,
mais je peux te dire
que le soleil aveugle fait fondre l’agave
emplissant le temps et l’air de parfums.
Ne t’étonne pas: dans ce village
les pièces des maisons embaument
et toujours l’amour triomphe et trompe
mon coeur amoureux et suppliant.
Là mon sang
là ma lymphe, là ma vie – et là court l’esprit
comme courent les loups vers la montagne.
Là j’eus le lion pour parrain
et je parle à la petite gazelle dans sa tanière.
Ah, mer, mer méchante
et tout repose sur tes épaules, le paradis
où je vécus heureux et sans plaintes!
Là je vis l’aube et maintenant qu’il fait nuit,
j’erre, seul.
Ah mer, mer malheureuse, pourquoi m’as-tu éloigné de la vie?
J’aurais pris le croissant de lune
comme un bateau voguant dans le ciel
qui arrive jusqu’au soleil - et je le presse contre ma poitrine.