TEXTES et CHANSONS à éCOUTER
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La genèse d’
«IL FIORE SPLENDENTE»1 ~
La fleur resplendissante
Il n‘y a pas si longtemps de cela, je me plongeai, dans la Bibliothèque de l‘ « Archiginnasio » de
Bologne, alors que j’examinais quelques documents littéraires, dans l’Antologia dei poeti arabi di
Sicilia (Anthologie de poètes arabes de la Sicile), édité par Francesca M. Corrao
(©2002, Mesogea by GEM srl).
La lecture de ces textes, écrits entre le IXe et le XIIe siècle et adaptés par de grands poètes italiens
contemporains, me fascina tel un code secret qui, celé dans l‘écrin d‘une langue qui m‘était
inconnue, finissait par se révéler à moi dans la langue familière de mon pays natal et la sensibilité
de la poésie contemporaine.
Il devait s‘écouler plus d‘une année avant que je puisse entrer en possession de ce livre.
J‘avais entretemps étudié les traces que la culture arabe avait laissées sur mon île depuis cette
nuit d‘été de l‘année 827 où débarqua, à Mazara, une flotte composée d‘Arabes, de Berbères,
d‘Espagnols et de Perses, d’Egyptiens et de Magrébins. Cette nuit marqua - de l‘avis unanime
d‘historiens et d‘écrivains -la naissance d‘une époque exceptionnelle qui était imprégnée de l‘esprit
de tolérance entre les différentes religions, cultures, peuples et langues qui devaient dès lors vivre
ensemble pendant plus de deux siècles. Palerme devint alors « la premiergrande ville cosmopolite
du Moyen Age»
2.
Palerme fut le coeur battant d‘un univers multiethnique et multiculturel dont témoigne,
aujourd‘hui encore, la magnifique « Cappella Palatina ».
Quand, à Palerme, je fis la visite des châteaux de Zisa et qu’à l‘écoute du brouhaha des voix du
suq-ela-Balharm, du marché de Ballarò, j‘essayai de retrouver dans le sicilien les sonorités de la
langue arabe. Les paroles suivantes du écrivain Leonardo Sciascia me vinrent alors à l‘esprit: « C’est
après la conquête arabe que les habitants de la Sicile ont commencé de se comporter en Siciliens »
3,
mais ce n‘est qu‘au prix de grandes difficultés que j‘ai pu reconnaître le Palerme d‘Idrisi (le premier
géographe du monde) ou le Syracuse d‘Ibn Hamdi (le plus célèbre poète arabo-sicilien, 1052-1132).
Ces villes sont les icônes d‘une Sicile qui, aujourd‘hui, me semble-t-il, ne vivent plus que dans
l‘imagination et se nourrissent de l‘oubli.
Celui qui, partant de pays de l‘Afrique du Nord comme le Maroc et la Tunisie, s‘aventure
aujourd‘hui vers la Sicile, est confronté à une réalité intermittente qui s‘épuise à réinventer
l‘île au quotidien et tente ainsi de survivre à la situation d‘urgence chronique dans laquelle elle
subsiste.
La Sicile crée ainsi l‘espace pour un « vide du souvenir collectif ».
C‘est peut être ce « vide » justement qui suscita en moi le besoin de transposer les paroles des poètes
arabes et contemporains dans le langage musical, en somme, de les chanter.
A partir des images qu’utilise cette poésie rêveuse, colorée, raffinée et passionnée pour décrire une
Sicile d‘une merveilleuse beauté, dont les jardins ne sont plus pour nous qu‘un pâle souvenir,
et à partir des vers d‘Ibn Hamdi qui parlent de la douleur de leur perte, je souhaite lancer un pont
imaginaire entre le passé et le présent. Que les sentiments de ces poètes servent mon dessein:
« Des images qui sont si lointaines qu‘elles semblent des illusions qui s‘épanouissent cependant
comme des fleurs dans la trame des vers de ce temps-là »
4. C‘est là aussi le thème et le drame
récurrents des hommes d‘aujourd‘hui qui, plus que jamais, sont à la recherche de leur moi perdu.
Nous, Siciliens européens, et jeunes musulmans européanisés sans doute, nous portons en nous les
sentiments de ces poètes qui, dans leurs écrits, ne parlent pas seulement de voyages, de combats et
de Dieu, mais aussi de l‘amour sous toutes ses formes -amour spirituel et amour charnel, amour
hétérosexuel et homosexuel -et de la communauté des sens stimulés lors des fêtes et festins, par le
plaisir du bon vin et la fascination du feu.
Etta Scollo
1 Ce titre s‘inspire d‘un texte d‘Ibn Qalâquis.
2 Cité d’après: Vincenzo Consolo Di qua dal faro, Milan, Mondadori 1999.
3 idem
4 Cf. Antologia die poeti arabi di Sicilia, éditée par Francesca M. Corrao
(©2002, Mesogea by GEM srl) d‘où sont extraits tous les textes et les traductions présentés sur ce CD.