CANTA RO´ IN TRIO | CREDITS | MAKING OF


01. Quantu basilicò | 02. L'anatra | 03. Signuruzzu | 04. Cu ti lu dissi | 05. Muccaturi | 06. U cunigghiu | 07. Ntra viddi e vaddi | 08. I pirati a Palermu | 09. Trabia | 10. Olìolà | 11. Lu libbru | 12. Nta la Vicarìa | 13. Lu suli | 14. Rosa canta e cunta | 15. Quannu moru | 16. Liggenna | 17. Arsira | 18. Amuri | 19. Recitativo

 | 01. Quantu basilicò ~ Combien de basilic

Combien de basilic
Tu sèmes à l'année
Tu dois me donner
Une pousse par jour

Ah! Si tu veux mon petit coeur
Je te l'enverrai
Tu devras m'envoyer le tien
En retour

Ah! Tes chairs délicates
Sons des parfums
Qui ôtent le sommeil
A qui les respire

Ah! Mon adoré! Ah! Si tu étais
Sous mon commandement,
Demain je me lèverais
A midi. 
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 | 02. L'anatra ~ Le Canard

Ah j'ai le pied, le pied du canard
Pied contre pied il me dit qu'il arrive
Et comme il arrive il repart
J'ai le pied du canard.

Ah j'ai la jambe, la jambe du canard
Jambe contre jambe, tire-la et elle te réchauffe
Pied contre pied il me dit qu'il arrive
Et comme il arrive il repart
J'ai le pied du canard.

Ah j'ai la cuisse, la cuisse du canard
Cuisse contre cuisse, tire-la et elle te serre
Jambe contre jambe, tire-la et elle te réchauffe
Pied contre pied il me dit qu'il arrive
Et comme il arrive il repart
J'ai le pied du canard.

Ah j'ai le ciarrabbaddazzu*
Le ciarrabbaddazzu du canard
Ciarrabbaddazzu je le serre et l'embrasse
Cuisse contre cuisse, tire-la et elle te serre
Jambe contre jambe, tire-la et elle te réchauffe
Pied contre pied il me dit qu'il arrive
Et comme il arrive il repart
J'ai le pied du canard.

Ah j'ai le ventre,
Le ventre du canard
Ventre contre ventre, tire-le et il s'approche
ciarrabbaddazzu je le serre et l'embrasse
Cuisse contre cuisse, tire-la et elle te serre
Jambe contre jambe, tire-la et elle te réchauffe
Pied contre pied il me dit qu'il arrive
Et comme il arrive il repart
J'ai le pied du canard.

Ah j'ai la poitrine
La poitrine du canard
Et avec la poitrine je prépare mon lit
Ventre contre ventre, tire-le et il s'approche
Ciarrabbaddazzu je le serre et l'embrasse
Cuisse contre cuisse, tire-la et elle te serre
Jambe contre jambe, tire-la et elle te réchauffe
Pied contre pied il me dit qu'il arrive
Et comme il arrive il repart
J'ai le pied du canard.

* Ciarrabbaddazzu: organe sexuel 
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 | 03. Signuruzzu ~ Oh Seigneur

Oh Seigneur faites qu'il pleuve

Oh Seigneur faites qu'il pleuve, qu'il pleuve
Car les petits arbres ont soif

Envoyez-nous une bonne averse
Sans éclairs, sans tonnerre.

Seigneur ne nous punissez pas
Parce que vous nous donnez le pain

Seigneur, vous nous pardonnez
Quand vous nous offrez l'eau

L'eau du ciel apaise la soif de la terre,
Source pleine de compassion.

Nos larmes tombent au sol
Et Dieu nous fait la charité. 
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 | 04. Cu ti lu dissi ~ Qui te l'a dit

Qui t'a dit que j'allais te quitter?
Plutôt la mort que cette douleur
Ah, ah, ah, ah, je meurs, je meurs, je meurs, je meurs
La soupir de mon coeur, mon amour, c'est toi.

Qui te l'a dit à toi, petite,
Mon cœur se déchire à petit à petit à petit à petit
Ah, ah, ah, ah, je meurs, je meurs, je meurs, je meurs
La soupir de mon coeur, mon amour c'est toi.

Mon premier amour, je l'ai fait avec toi
Et toi, ingrate, tu m'oublies maintenant
Faisons la paix ô ma toute petite
Le souffle de mon âme, mon amour, c'est toi. 
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 | 05. Muccaturi ~ Le mouchoir

La belle me promit un mouchoir
Elle me le promit tandis qu'elle le lavait à la rivière

Eau dorée et savon d'amour
A chaque frottement je voudrais t'embrasser

Puis je l'étendis dans un rayon de soleil
Sur une rose, pour ne pas le salir.

D'un coin à l'autre je veux le broder,
Avec au centre, un aigle royal. 
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 | 06. U cunigghiu ~ Le Lapin

Le lapin a le museau
Et le museau, vous l'avez aussi
Et cette nuit j'ai rêvé
Que, museau contre museau, j'étais étendue avec vous

Ah… la cerise
La cerise, quel parfum elle dégage
Cette jeune fille me serre et m'embrasse
Elle veut la cerise avec la feuille.

Le lapin a le souffle
Et le souffle, vous l'avez aussi
Et cette nuit j'ai rêvé
Que, souffle contre souffle, j'étais étendue avec vous

Ah… le coing
Le coing, quelle odeur il dégage
Cette jeune fille je la serre et l'embrasse
Elle veut le coing avec la feuille.

Le lapin a la poitrine
Et la poitrine, vous l'avez aussi
Et cette nuit j'ai rêvé
Que, poitrine contre poitrine, j'étais étendue avec vous

Ah… la cerise…

Le lapin a le ventre
Et le ventre, vous l'avez aussi
Et cette nuit j'ai rêvé
Que, ventre contre ventre, j'étais étendue avec vous

Ah… le coing…

Le lapin a la cuisse
Et la cuisse, vous l'avez aussi
Et cette nuit j'ai rêvé
Que, cuisse contre cuisse, j'étais étendue avec vous

Ah… la cerise…

Le lapin a le pied
Et le pied, vous l'avez aussi
Et cette nuit j'ai rêvé
Que, pied contre pied, j'étais étendue avec vous

Ah… le coing

Le lapin a du poil
Et du poil, vous en avez aussi
Et cette nuit j'ai rêvé
Que, poil contre poil, j'étais étendue avec vous

Ah… la cerise 
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 | 07. Ntra viddi e vaddi ~
Entre Villas et Vallees

Entre villas, vallées et denses forêts
Où est mon aimée, je me le demande
Je vais la chercher mais ne la trouve nulle part
Par amour pour elle, je fais le tour du monde

Je me tourne vers la mer et demande aux ondes
"Avez-vous des nouvelles de ma belle?"
Et l'écho, venu du lointain, me répond
Qu'elle est partie, esclave des Turcs.

Je voudrais l'épée de Roland
Pour pouvoir faire le tour du monde
Mon Agatina mourra cette année!
Qui t'a faite prisonnière? … Ah, quel désarroi!

C'est sa mère, au cœur tyrannique, qui
L'a envoyée au bord de la mer chercher son grand-père
Comment as-tu pu tomber dans le piège, n'as-tu pas entendu l'avertissement
"N'allez pas à la mer, car les Turcs y sont"?

Prenez les armes, courrez, jeunes gens,
La force et le courage de tous sont nécessaires
Contre ceux qui ont crucifié et pendu des gens sur la potence
Comment ont pu venir ces infâmes Turcs jusqu'ici? 
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 | 08. I pirati a Palermu ~
Les pirates à Palerme

Les navires sont arrivés
Tant de navires à Palerme
Les pirates ont débarqué
Avec des visages infernaux.
Ils nous ont volé le soleil, le soleil,
Nous sommes restés dans l'ombre, que d'ombre!
Sicile (pleurt)

Tout l'or des oranges,
Les pirates nous l'ont volé,
Les champs, ils nous les ont laissés
Dépouillés dans la brume.
Ils nous ont volé le soleil, le soleil,
Nous sommes restés dans l'ombre, que d'ombre!
Sicile (pleurt)

Les couleurs de la mer, ils les ont volées, quelle misère!
Les poissons sont devenus fous,
Quels gémissements, quelle misère!
Ils nous ont volé le soleil, le soleil,
Nous sommes restés dans l'ombre, que d'ombre!
Sicile (pleurt)

A nos femmes,
Ils ont arraché de leurs yeux
La splendeur et le feu
Qui illuminait les miroirs.
Ils nous ont volé le soleil, le soleil,
Nous sommes restés dans l'ombre, quelle ombre!
Sicile (pleurt) 
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 | 09. Trabia

Trabia (nom d'endroit; chanson de pêcheurs de thon)

Maintenant je vais relever les filets de Trabia
C'est une petite pêche si splendide

Mais même moi je ne m'étais pas attendu
A trouver les casiers détruits

Oh "Ciccio le long", écoute-moi
A Palerme n'arrivera pas cette splendeur

Je m'appuie sur le Monte Grosso
Je vois les thons nager au loin devant moi

Et toi, Trabia, comme un chien "corsu"*
Tu te tiens au-dessus de moi tel un satan.

* chien "corsu": race de chiens féroces mais apprivoisés, originaires de Corse.  

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 | 10. Oliolà

(Vieille chanson des marins de Ognina, cf. n°444 Corpus del Favara)

Olì olì olà

Oilè oilè oilì oilì oilè oilè oilì oilì oilè oilà
Peu de mots
Oilè oilè oilì oilì oilè oilè oilì oilì oilà
Un palais construit
Au milieu de la mer, c'est une villa neuve
Le vent se lève, il se lève et la pousse sur la plage… sur la plage

Oilè oilè oilà

Oilè oilè oilì oilì oilè oilè oilì oilì oilà
Il y a là-bas une fille "mariola"*
lè oilè oilì oilì oilè oilè oilì oilì oilà
Nous lui donnons le nom...
Nous lui donnons le nom de "Camiola"
Elle a les cheveux bruns et bouclés
Et noués à la manière des femmes de Palerme.

Olla'ntichiti Ollalà…

* "mariola": fille de la marine. 
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 | 11. Lu libbru di li nfami ~
Le livre des infâmes

Le livre des infâmes, c'est toi qui l'a acheté
La première infamie, c'est toi qui me l'a faite.

Je n'entends ni l'horloge ni la cloche
J'ai l'impression d'être enchaîné comme un chien.

J'entends appeler "maman" et je me consume
"Ah maman…", me répond la chaîne.

Je voudrais tuer celui qui a voulu cela
Avec une vieille balle et un coup de fusil 
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 | 12. Nta la Vicarìa ~ A la Vicaria

A la Vicaria règne le malheur
Surtout pour ceux qui n'ont personne
Pour tous viennent des amis, et pour moi jamais personne
Je m'accroche désespérément à la grille. 

 | 13. Lu suli ~ Le soleil

Tu t'en vas, tu t'en vas
Tu me laisses seule
Avec ce cœur tu
M'abandonnes.

Le soleil s'en va
Demain il reviendra
Mais vous, mon garçon,
Ne reviendrez plus.

Le soleil s'en va
Demain il reviendra
Si moi je m'en vais,
Je ne reviendrai plus. 
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 | 14. Rosa canta e cunta ~
Rosa chante et raconte

Ce soir je vais et je cours avec le vent
En ouvrant les portes de l'histoire.
Ce soir, pour un instant,
Je veux redonner vie au passé et à la mémoire.
Ce soir, à la lumière de l'amour,
Je creuse une fosse à la douleur.

Il y a plus de douleur, il y a plus de tourment
Que de joie et d'amour pour l'humanité.
Ce ne sont pas les pleurs qui changent le destin,
Ce n'est pas la peur qui arrête le cheminement des choses,
J'ouvre les poings, je compte mes doigts,
Je reste qui je suis, je parcours la vie.

Je chante et raconte, je raconte et je chante
Pour ne pas perdre le compte.

Personne n'a béni mon chemin
Pas même la petite main d'un prêtre
Et je vais encore, comme va le vent,
Chercher la paix, seulement pour un instant,
Je veux briser… briser le ciel
Pour faire tomber une pluie, une pluie d'amour.

Il y a ceux qui te trompent, ceux qui commandent,
Et ceux qui, en silence, se tiennent muets.
C'est le pouvoir qui renforce les puissants,
C'est le silence qui tue les innocents
J'ouvre les poings, je compte mes doigts,
Je reste qui je suis, je parcours la vie.

Je chante et raconte, je raconte et je chante
Pour ne pas perdre le compte.

Je suis venue au monde alors que le "Grand Seigneur"
Semait le mépris à chaque coin de rue.
Des temps d'abus, de faim et de guerre,
J'ai grandi au milieu des bandits.
Combien de larmes silencieuses ai-je versées
Mon innocence, beaucoup se la sont partagée.

Les gens mauvais, les tout-puissants,
Sont tant et tant dans cette société. Ce n'est pas l'amour qui croît à chaque coin,
Mais les faveurs que dispense celui qui commande
J'ouvre les poings, je compte mes doigts,
Je reste qui je suis, je parcours la vie. 
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 | 15. Quannu moru ~ Quand je mourrai

Quand je mourrai
Ne faîtes pas dire la messe
Mais souvenez-vous de moi,
De votre amie

Quand je mourrai
Apportez-moi une fleur
Une fleur grande et rouge
Comme du sang répandu.

Quand je mourrai
Faîtes que je ne meure pas
Dîtes à tous
Ce que je vous ai dit

Quand je mourrai
Ne vous sentez pas seuls
Parce que seuls je ne vous laisse pas
Pas même depuis ma fosse
Quand je mourrai
Chantez-moi mes chants
Ne les oubliez pas
Chantez-les pour les autres

Quand je mourrai
Pensez de temps en temps à moi
Qui pour cette terre supliciée
Serai morte sans voix

Quand je mourrai
Apportez-la moi, cette fleur,
Une fleur grande et rouge
Comme du sang répandu. 
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 |  16. Liggenna ~ La légende

Petit berger, qui me tiens entre tes lèvres,
Je suis la fille du roi
Et pour prendre une plume d'oie
Mon frère Peppe me trahit.

Petit berger, qui me tiens entre tes lèvres,
Je fus jetée dans ces eaux sereines
Et pour prendre une plume d'oie
Mon frère Peppe me trahit.

Oh père, qui me tiens entre tes lèvres
Je fus jetée dans ces eaux sereines
Et pour prendre une plume d'oie
Mon frère Peppe me trahit. 
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 |  17. Canto d'a curuna ~ La couronne

Hier soir mon aimé est venu
Sur un cheval d'or qui volait

Sous ma fenêtre et mon balcon,
Avec un mouchoir dans la main et il pleurait

Le roi et la reine se montrent
Cette jeune femme devra être couronnée.

Je suis jeune et je tiens ma parole
Je le veux lui et ne veux pas de couronne. 
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 |  18. Amuri ~ Mon amour

Mon amour, tu marches dans la nuit, en chantant,
J'étais à moitié endormie et je t'entendais

J'ai tourné le dos à mon mari, qui dormait à côté de moi
Les yeux pleins de larmes, je pleurais

Le bord du lit était trempé
Je l'ai essuyé avec mon ardeur

Si tu reviens encore une fois chanter ici, mon amour,
Tu me trouveras morte de mélancolie  
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 |  19. Recitativo ~ Quannu moru

J'ai fait la connaissance de Rosa Balistreri à Florence il y a de cela environ 22 ans, dans la maison d'un peintre, un ami à moi. Ce soir-là, Rosa Balustrari chanta le "Lamento pour la mort de Turiddu Carnivali", un petit poème que j'ai écrit. Cette soirée-là, je ne l'oublierai jamais. La voix de Rosa, son chant comme étranglé, dramatique, angoissé, on aurait cru qu'il venait de la terre brûlée de Silice. J'ai eu l'impression de l'avoir toujours connue, de l'avoir vue naître et entendue toute ma vie : gamine, pieds nus, pauvre, femme, mère, car Rosa Balustrari est un personnage fabuleux, je dirais qu'elle est un drame, un roman, un film sans visage. Rosa Balistreri est un personnage qui progresse sur un fil de coton, un personnage qui a un cœur pour tout, qui aime tout le monde, un cœur ancien, antique par la Sicile de Vittorini et Quasimodo, un cœur juvénile par la Sicile de Guttuso et de Leonardo Sciascia.

Ignazio Buttitta, le 22 octobre 1984.

Avec l'aimable concession de la famille Balistreri.

Letizia Battaglia (utilisation de la photo avec l'aimable autorisation de la photographe)
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