TEXTES et CHANSONS à ÉCOUTER | CREDITS | MAKING OF

Canta Ro´ in Trio

En réalité, je n'avais pas l'intention de publier un second album à la mémoire de Rosa Balustrari. Encore moins avec - en grande partie - les mêmes chansons que dans le précédent, et encore moins encore sous une forme aussi réduite, sans cesse en équilibre entre les cordes d'un violon et le souffle d'un coquillage - des instruments qui sont intimement liés à l'humidité de l'air et à la température ambiante. C'est mon public qui m'a invitée à donner vie à cet album: un public aussi varié que les lieux et les scènes qui ont accueilli nos concerts en l'honneur de Rosa Balustrari. C'est un voyage qui a commencé entre les quatre murs d'une salle de répétition, dans laquelle nous jouions et rejouions les mêmes chansons, à la recherche du timbre juste, sur tel ou tel autre de ces nombreux instruments que maîtrisent Frank Wulff et Hinrich Dagefor. C'est dans un simple verre d'eau que nous avons fini par trouver la note adéquate pour le prélude du dernier titre, "Quannu moru". Ce n'est pas la prétention, ni le défi - c'est le jeu et l'ironie du destin, qui s'y introduit secrètement, qui deviennent musique. C'est peut-être justement pour cela que le mot jouer, en français, comme en anglais to play ou en allemand spielen, contient une ambivalence et se réfère aussi à la musique.

Et peut-être est-ce aussi justement ce "jeu avec les sons" qui confère à cet enregistrement une certaine distance tant par rapport à la forme symphonique du premier album que par rapport à cette intimité sobre et profonde qui n'appartient qu'à Rosa.

Ainsi, au gré de notre "jeu" et de nos "jeux", entre voyage et travail, nous avons vu s'accroître notre public de la grande salle de concert au club et du Festival au théâtre, toujours porté par la même envie: pouvoir ensuite réécouter le concert sur un album live.

J'ai volontairement choisi des enregistrements réalisés dans deux lieux différents: la cour du Palais de Lorenzo (Palazzo Di Lorenzo) à Gibellina et le "Tipi" de Berlin.

A cette occasion, nous avons été spontanément rejoints par mon frère Sebastiano et ses précieuses contributions au luth Renaissance (ce qui nous a d'ailleurs aussi permis de réaliser un vieux rêve: jouer enfin ensemble), ainsi que par notre ami et tromboniste Ferdinand von Seebach, qui avait déjà composé des arrangements pour quelques chansons de l'album précédent, "Canta Ro'", en collaboration avec l'Orchestre Symphonique de Sicile (Orchestra Sinfonica Siciliana).

Rosa a joué à Gibellina juste après la destruction complète de l'endroit par un tremblement de terre en 1968. Plus tard, elle en a parlé comme l'un des concerts les plus forts de sa carrière. L'Institut Culturel de la Fondation Orestiadi (Istituto di Alta Cultura della Fondazione Orestiadi) constitue là-bas depuis déjà des années un lieu emblématique de la culture et de l'art siciliens, un lieu où le souvenir d'un passé dramatique se transforme en force vive pour l'avenir. La grande métropole multiculturelle de Berlin, qui est devenue ma "ville d'adoption", représente le présent et l'avenir, pour moi autant que pour d'innombrables autre citoyens du monde. Ces deux pôles européens reflètent mon histoire. Et dans cette histoire, quand je chante et raconte Rosa et la Sicile que j'ai connue, j'ai l'espoir que Rosa ne sera jamais oubliée - une île qui ne connaîtra jamais plus l'isolement.

Etta Scollo

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